Clés USB et cartes SD qui fraudent

Clés USB et cartes SD qui mentent : vérifier la capacité réelle avec h2testw

Un support flash peut annoncer 1 To et n’en contenir que 32 Go. Le système d’exploitation, lui, ne voit aucune anomalie. Le problème n’apparaît que le jour où les fichiers reviennent corrompus. Voici comment trancher la question, et pourquoi le site sur lequel on télécharge l’outil compte autant que l’outil lui-même.

Avertissement : la procédure décrite remplit intégralement le support testé. Pour un test valable, celui-ci doit être formaté au préalable, ce qui détruit les données présentes. Aucun test ne doit être lancé sur un support contenant les seules copies de fichiers importants.

Sommaire

  1. Le problème : des supports dont le firmware ment
  2. Ce que fait h2testw, et pourquoi ça fonctionne
  3. Où télécharger l’outil, et où surtout pas
  4. Mode opératoire
  5. Lire le résultat
  6. Les limites : un échec n’accuse pas toujours le support
  7. Les alternatives sous Linux et macOS
  8. En pratique

1. Le problème : des supports dont le firmware ment

La contrefaçon de mémoire flash ne consiste pas à vendre un support vide. Elle consiste à reprogrammer le contrôleur d’une puce de faible capacité pour qu’il déclare au système d’exploitation une capacité bien supérieure. Une carte de 32 Go réels se présente alors comme une carte de 1 To. Windows affiche 1 To, l’explorateur de fichiers affiche 1 To, les propriétés du volume affichent 1 To.

Tout se passe bien tant que le volume écrit reste sous les 32 Go réels. Au-delà, le contrôleur n’a plus nulle part où écrire. Selon son firmware, il écrase les données déjà présentes en repartant du début, ou il accepte l’écriture et la jette purement et simplement. Dans les deux cas, aucune erreur n’est remontée. Les fichiers apparaissent dans le dossier, avec leur nom et leur taille, et se révèlent illisibles à la relecture.

C’est ce qui rend cette fraude si pernicieuse. Elle ne se manifeste ni à l’achat, ni à la première utilisation, mais des semaines plus tard, souvent au moment précis où l’on comptait sur la sauvegarde.

2. Ce que fait h2testw, et pourquoi ça fonctionne

h2testw a été écrit par Harald Bögeholz, rédacteur au magazine allemand c’t, en réponse à la prolifération de ces supports falsifiés. Le principe est simple.

Le programme génère des données pseudo-aléatoires et les écrit sur le support sous forme de fichiers d’un gigaoctet, jusqu’à saturation de l’espace disponible. Il relit ensuite l’intégralité de ce qu’il a écrit et compare octet par octet avec ce qui aurait dû s’y trouver.

Un support honnête restitue exactement ce qu’il a reçu. Un support falsifié ne le peut pas, puisque les données au-delà de sa capacité réelle ont été perdues. La comparaison le révèle immédiatement. Aucune déclaration du contrôleur n’est prise pour argent comptant, ce qui explique à la fois la fiabilité de la méthode et sa lenteur.

Le programme mesure au passage les débits d’écriture et de lecture. Ces chiffres sont indicatifs. Ils suffisent à repérer un support anormalement lent, sans valoir un banc de test dédié.

3. Où télécharger l’outil, et où surtout pas

C’est le point sur lequel cet article insiste, parce qu’il est presque toujours passé sous silence.

h2testw est un freeware distribué historiquement par c’t et disponible sur la fiche produit de heise.de, l’éditeur du magazine. C’est la source de référence.

Or une recherche sur le nom du programme renvoie en priorité une constellation de sites tiers qui rehébergent l’archive. On y trouve des plateformes de téléchargement généralistes, et même un domaine dédié construit autour du nom de l’outil, motorisé par WordPress et financé par de la publicité. Aucun n’est affilié à l’auteur.

Un détail suffit à illustrer le risque. Au 18 août 2026, ces miroirs n’annoncent pas la même taille de fichier pour la même version 1.4 : l’un indique 409 Ko, un autre 213 Ko. L’écart peut avoir une explication anodine, par exemple une archive contenant ou non la documentation, ou une recompression. Mais il est impossible à vérifier depuis l’extérieur. Il montre surtout que ce qui circule sous ce nom n’est pas systématiquement le même fichier.

La règle vaut bien au-delà de ce cas précis. Un utilitaire système se télécharge chez son auteur ou son éditeur d’origine, jamais chez un intermédiaire qui vit de la publicité. Le programme est ici exécuté avec un accès en écriture complet sur un volume. Ce n’est pas le genre de binaire dont on tire l’origine au hasard.

4. Mode opératoire

Le programme fonctionne sous Windows. Il ne nécessite ni installation ni droits administrateur, et tient dans une archive de quelques centaines de kilooctets.

  1. Sauvegarder tout ce que contient le support, puis le formater. Sans cela, le test ne portera que sur l’espace resté libre et ne prouvera rien sur la capacité totale.
  2. Extraire l’exécutable de l’archive et le lancer.
  3. Choisir la langue, anglais ou allemand.
  4. Cliquer sur Select target et désigner la lettre de lecteur du support.
  5. Laisser l’option all available space sélectionnée.
  6. Cliquer sur Write + Verify.
  7. Attendre.

Ce dernier point n’a rien d’anecdotique. Le programme écrit puis relit l’intégralité du support. Sur une carte microSD lente de grande capacité, l’opération se compte en heures. Une carte annoncée à 512 Go dont le débit réel plafonne à 10 Mo/s occupera la machine une nuit entière. Mieux vaut lancer le test en fin de journée, sur un poste qui ne sert pas.

5. Lire le résultat

Le message Test finished without errors signifie que la capacité annoncée correspond à la capacité réelle et qu’aucune corruption n’a été détectée. Les fichiers de test, portant l’extension .h2w, peuvent alors être supprimés.

Tout autre résultat impose une lecture attentive du rapport. Celui-ci distingue ce qui a été écrit avec succès de ce qui n’a pas pu être relu correctement. Il indique donc la capacité réellement exploitable. Un support qui annonce 1 To et n’en valide que 29 Go est une contrefaçon, sans ambiguïté possible.

Un support falsifié ressort en général du test avec un système de fichiers en mauvais état. Un formatage est nécessaire avant toute réutilisation, étant entendu qu’il n’y a pas grand intérêt à réutiliser un tel support, sinon à sa vraie capacité mesurée et pour des données sans importance.

6. Les limites : un échec n’accuse pas toujours le support

C’est la nuance que la plupart des tutoriels omettent, et c’est celle qui évite de jeter du matériel sain.

Un résultat en erreur met en cause toute la chaîne, pas seulement le support. Une barrette de mémoire vive défectueuse corrompt les données avant même leur écriture. Un câble USB de mauvaise qualité, un port abîmé, un lecteur de cartes bas de gamme ou un adaptateur exotique produisent exactement le même symptôme. Certains adaptateurs USB sont d’ailleurs connus pour générer des faux positifs.

La méthode en atelier tient en trois réflexes.

  • Ne jamais conclure sur un seul test. Un échec se rejoue sur un autre port, avec un autre câble et un autre lecteur, avant d’être annoncé au client.
  • Suspecter le poste de test. Si plusieurs supports échouent d’affilée sur la même machine, c’est la machine qu’il faut regarder. Un contrôle mémoire s’impose.
  • Distinguer la contrefaçon de la panne. Une capacité réelle nettement inférieure à la capacité annoncée, et cohérente d’un test à l’autre, signe une falsification. Des erreurs dispersées et variables signent plutôt un support usé ou défaillant. Ce n’est pas moins grave pour les données, mais cela ne relève pas du même recours commercial.

[Emplacement suggéré pour un cas concret : support reçu, symptôme constaté par le client, capacité réelle mesurée, issue.]

7. Les alternatives sous Linux et macOS

h2testw est un programme Windows. Sous Linux et macOS, l’équivalent fonctionnel est F3 (Fight Flash Fraud), disponible en ligne de commande et présent dans les dépôts de la plupart des distributions. Le principe est identique : f3write remplit le support de fichiers vérifiables, f3read les relit et compare. Les fichiers .h2w produits sont du même format, ce qui permet d’écrire d’un côté et de vérifier de l’autre.

Sous Windows, ValiDrive propose une approche différente. Plutôt que de tout écrire, il sonde des secteurs répartis sur l’ensemble du volume. Le contrôle prend quelques minutes au lieu de plusieurs heures, ce qui en fait un bon filtre de première intention. Il ne remplace pas un test complet, mais il démasque très vite une falsification grossière.

8. En pratique

Le test complet coûte plusieurs heures de machine, et rien d’autre. Rapporté au risque, c’est-à-dire des sauvegardes qui n’en sont pas, des photos irrécupérables ou des enregistrements vidéo vides le jour où on en a besoin, l’arbitrage est vite fait.

Trois situations justifient de le lancer systématiquement : un support flash acheté sur une place de marché en ligne, en particulier à un prix nettement inférieur au marché, un support d’occasion quelle qu’en soit la provenance, et tout support destiné à un usage où une défaillance silencieuse serait critique (sauvegarde, vidéosurveillance, dashcam, matériel de mesure).

Le reste du temps, un contrôle rapide au moment de la mise en service suffit largement. Ce qu’il ne faut jamais faire, en revanche, c’est confier des données à un support flash inconnu en se fiant à ce que le système d’exploitation affiche. Ce chiffre-là ne vient pas d’une mesure, mais d’une déclaration du support lui-même.


Responsabilité : les procédures décrites entraînent la perte des données présentes sur le support testé. Elles sont fournies à titre informatif et relèvent de la responsabilité de celui qui les applique. En cas de doute sur un support contenant des données uniques, la première étape est une copie, pas un test.